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Jean-Claude Coulibaly
30
000morts et plus de 135 000 réfugiés selon certaines ONG. Plus de 10 000
morts et 120 000 réfugiés d'après l'ONU. Le conflit au Darfour est en
train de préparer une des plus grandes catastrophes humanitaires du
monde. Les affrontements depuis plus d'un an (février 2003) dans ce
vaste territoire semi-désertique à l'Ouest du Soudan entre les rebelles
du M.L.S (Mouvement de Libération du Soudan) et les milices
pro-gouvernementales, les Djandjawid, ont fait 30 000 morts. Des
enquêtes initiées sur place par l'ONU font état d'“actions concertées de
nettoyage ethnique” des Djandjawid contre les populations
négro-africaines les Four, les Zaghawa et surtout les Massalit. Une
situation qui a créé un mouvement massif des populations vers les camps
de réfugiés tout le long de la frontière avec le Tchad ou tout
simplement vers ce pays. Parfois dans les conditions inhumaines. Des
camps surpeuplés et inadaptés Plus de deux millions de personnes dont
plus de la moitié de déplacés manquent de tout. Selon l'ONG
SECADEV-Caritas Tchad, les trois camps de réfugiés à la frontière
tchado-soudanaise (Farchana, Touloum, Konnougou) prévus initialement
pour recevoir 6 000 personnes, accueillent aujourd'hui plus de 10 000
réfugiés chacun. Et les populations qui y sont actuellement ne
représentent que 20 % de l'ensemble des réfugiés soudanais arrivés au
Tchad. Ces derniers organisent des campements précaires tout le long de
la frontière. Ce surpeuplement pose des problèmes d'approvisionnement en
eau et de vivres et produits de premières nécessités. Dans une zone où
il fait 45° dans la journée, les réfugiés ne disposent que de sept
litres d'eau par jour et par personne. Les réserves naturelles étant
insuffisantes. IL en est de même pour la nourriture. En partie, à cause
du manque de moyens accordés au HCR et au PAM (Programme mondial
alimentaire). A cela, il faut ajouter l'épuisement des réserves
alimentaires locales. Ce manque de ressources, par ailleurs, commence à
générer un certain nombre de conflits entre les réfugiés et la
population locale qui les avait pourtant au départ accueillis
généreusement. En outre, la saison des pluies qui vient de commencer
risque d'aggraver la situation avec l'augmentation des risques
d'épidémie et la dégradation des pistes donnant accès à la zone. Selon
ICG, la famine et les épidémies pourraient tuer 350.000 Soudanais de
plus dans les neuf mois à venir. L'OMS estime à 1,2 million les
habitants de la région qui sont directement affectés par cette
situation. Pour l'UNICEF, 500 000 enfants sont menacés de mal nutrition
et de maladies au Darfour. Face à cette grave crise humanitaire, qui se
profile à l'horizon, la communauté internationale tente de s'organiser.
Solution politiqueLe secrétaire général de l'ONU a lancé un appel urgent
aux donateurs et aux Etats membres
de l'organisation à intervenir pour prévenir la tragédie qui se dessine
au Darfour. Le mardi 15 juin au cours d'une conférence de presse à Sao
Paulo dans le cadre de la XIe réunion de la CNUCED a interpellé la
communauté internationale en ces termes : “C'est une urgence humanitaire
de proportions catastrophiques à laquelle on doit répondre, non pas
demain, mais aujourd'hui même”. La structure spécialisée de
l'organisation planétaire chargée du sort des réfugiés, le HCR, a déjà
sur le terrain relocalisé plus de 81 000 des quelque 158 000 réfugiés
qui ont fui vers l'Est du Tchad. L'organisation onusienne est
actuellement en train de réviser ses budgets et plans afin de lancer un
appel de fonds supplémentaire compte tenu des arrivées incessantes de
réfugiés et de la nécessité d'ouvrir d'autres camps. Mais jusqu'ici,
l'Agence des Nations-unies pour les réfugiés, suite à l'appel lancé en
février dernier, n'a pu recueillir pour le moment 16 millions de dollars
sur les 20,7 millions attendus. Les ONG comme le SECADEV-Caritas Tchad
lancent également un appel à des dons pour secourir les populations en
détresse. 100 000 euros ont été déjà mobilisés comme premier fonds
d'urgence. Mais ce montant est loin des 1 350 000 euros prévus pour
faire face au problème. Aussi pour attaquer le mal à la racine, assurer
le bon acheminement de l'aide humanitaire, le HCR et les ONG
humanitaires demandent-ils à la communauté internationale et en
particulier au gouvernement soudanais de mettre tout en œuvre pour une
résolution politique du conflit au Darfour. Ce même appel a été lancé
par Kofi Annan à Sao Paulo : “Le monde doit insister pour que les
autorités soudanaises neutralisent et désarment la milice qui continue
de terroriser la population. Elles doivent aussi permettre l'accès de
l'aide humanitaire”, a-t-il rappelé. Pour l'heure, cette interpellation
semble tomber dans les oreilles de sourds. Les différentes parties sur
le terrain ont à maintes reprises violé le cessez-le-feu signé à
N'djamena le 8 avril. Malgré les assurances du président Bechir de
désormais le respecter, les rebelles du Darfour ont menacé la semaine
dernière de reprendre totalement les hostilités. Sauf si d'ici là un
accord de paix est signé.
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