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Jakob Kellenberger lance
un appel pour un accès sans entraves des équipes médicales.
«Il est absolument nécessaire et non-négociable que
les équipes médicales, dans ce conflit, soient protégées. Les
blessés ne peuvent attendre plusieurs jours pour être évacués et
protégés», a déclaré mardi le président du Comité international de
la Croix-Rouge, après avoir visité l'hôpital Al-Shefa à Gaza, le
plus grand établissement du territoire.
La situation à Gaza est «vraiment très triste. Voir
ce que je viens de voir est très douloureux», a souligné Jakob
Kellenberger.
Selon un bilan fourni mardi à midi par le chef des
services d'urgences à Gaza, Mouawiya Hassanein, au moins 935
Palestiniens ont été tués depuis le début de l'offensive
israélienne, dont 280 enfants, 97 femmes et 92 personnes âgées, et
plus de 4200 autres ont été blessés. Parmi les tués se trouveraient
en outre au moins douze ambulanciers.
«Nos médecins à Al-Shefa voient arriver de nombreuses
femmes et de nombreux enfants grièvement blessés, confirme à
swissinfo Simon Schorno, porte-parole du CICR à Genève. Ce qui en
dit long sur la violence des combats et la manière dont ils
affectent les civils».
Privés d'électricité, la plupart des hôpitaux de la
Bande de Gaza fonctionnent grâce à des génératrices. Mais comme les
autres, Al-Shefa devrait tomber bientôt à court de carburant. Le
CICR est très inquiet pour le sort de ses 470 patients, dont 60 se
trouvent aux soins intensifs.
«Blessures horribles»
«Il faut un arrêt immédiat des combats», a imploré de
son côté John Ging, directeur des opérations à Gaza de l'Agence des
Nations Unies pour les Palestiniens (UNRWA), lors d'une conférence
téléphonique avec les medias basés à Genève.
«C'est un test pour notre humanité», a dit le
responsable de l'ONU, en exprimant la «frustration croissante» de
son organisation devant cette «crise d'une ampleur sans précédent».
«La situation est de plus en plus désespérée, les
combats font rage partout et la population n'est nulle part en
sécurité. Les gens sont complètement isolés, piégés. Ils ne savent
pas où aller, aucun endroit n'est sûr. Il n'y a aucune possibilité
de s'enfuir», a encore dit John Ging.
Et d'ajouter que «la nature des blessures horribles
constatée est très troublante». Des blessés qui doivent souvent être
amputés. Le responsable onusien souhaite en conséquence des enquêtes
complètes sur les armes utilisées par les forces israéliennes.
Une trêve pour rien
S'agissant de la trêve de trois heures que l'armée
israélienne s'est engagée à respecter chaque jour, le CICR, comme
les autres organisations humanitaires, la juge insuffisante. «Il
faut pouvoir accéder à la population civile et aux blessés en tous
temps», rappelle Simon Schorno.
Dans une déclaration conjointe, le CICR, la
Fédération internationale et les sociétés nationales de Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge demandent par conséquent la mise en place d'un
couloir humanitaire sécurisé afin d'assurer l'acheminement des
secours et des soins médicaux.
«Nous engageons toutes les parties au conflit, en
particulier Israël, à lever toute entrave à la circulation des
équipes médicales de façon à leur permettre d'accomplir leur mission
vitale», affirme le Mouvement.
«Nous souhaitons rappeler que le droit international
humanitaire impose à toutes les parties concernées le devoir de
recueillir, évacuer et soigner les blessés sans délai et sans
discrimination», ajoute la Croix-Rouge.
Et de dénoncer le fait que de nombreux blessés sont
«privés de soins et laissés à leur souffrance parce qu'ils sont dans
l'incapacité d'atteindre les hôpitaux par leurs propres moyens, hors
de portée des ambulances et des équipes médicales. Certains ont même
succombé à leurs blessures, les ambulances n'ayant pas reçu les
autorisations nécessaires pour les évacuer.»
Jakob Kellenberger a voulu se rendre compte "de visu"
de la situation à Gaza. (Keystone)
Manque de tout
Par ailleurs, cette trêve de trois heures n'est pas
suffisante pour que la population puisse se rendre aux centres de
distribution ou dans les rares magasins encore ouverts. Selon l'URWA,
il faut parfois faire six heures de queue pour trouver du pain.
Conséquence, «ceux qui osent encore sortir pour
trouver de la nourriture n'ont parfois pas d'autre choix que de
rentrer à la maison les mains vides à la fin de la trêve» explique
Simon Schorno.
Pour John Ging, c'est uniquement un «filet d'aide»
qui parvient à la population. Le responsable de l'UNRWA appelle la
communauté internationale à en faire davantage.
Car Gaza manque de tout: médicaments, carburant,
nourriture, mais également eau. Les dommages causés aux
canalisations n'ont pas pu être réparés. Le Programme alimentaire
mondial a pu faire passer 25 camions ces deux derniers jours, mais
il en faudrait cent par jour pour répondre aux besoins, a déclaré sa
porte-parole à Genève.
Trois jours sur place
La semaine dernière déjà, le CICR avait fait une
entorse à sa traditionnelle discrétion et élevé la voix pour
déplorer l'impact des combats sur les civils et le personnel de
santé.
L'organisation avait même accusé Israël de manquer à
ses obligations au regard du droit humanitaire international après
que des secouristes ont découvert des cadavres et des blessés
abandonnés à proximité d'une position de l'armée israélienne.
Mercredi, Jakob Kellenberger est attendu à Sdérot,
dans le sud d'Israël, une localité ciblée par les roquettes
palestiniennes. Il rencontrera ensuite à Jérusalem des responsables
israéliens et palestiniens, avant de rentrer à Genève jeudi.
swissinfo et les agences
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